On lit souvent que les coques de protection pour smartphones sont directement issues du matériel militaire. L’histoire est en réalité un peu différente. La norme militaire aujourd’hui mise en avant par de nombreux fabricants existait déjà quarante-cinq ans avant le premier iPhone. Quant à l’armée américaine, elle a bien utilisé des coques de protection, mais elle ne les a pas inventées. En 2006, elle s’en servait notamment pour protéger des appareils électroniques grand public, une solution nettement moins coûteuse que l’achat d’appareils spécialement conçus pour un usage militaire.
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés aux coques actuelles, il faut donc revenir sur quelques dates.
| Date | Événement | Source |
|---|---|---|
| 14 juin 1962 | Première édition de la norme militaire américaine MIL-STD-810, celle qui sera citée un demi-siècle plus tard sur les boîtes de coques | Notice MIL-STD-810 |
| 1993 | Présentation du Simon d’IBM et BellSouth, 899 dollars, considéré comme le premier téléphone intelligent | Computer History Museum |
| 1991 | Curt Richardson fabrique une boîte étanche dans son garage, au Colorado | Notice OtterBox |
| 1998 | Fondation d’OtterBox à Fort Collins : des boîtes étanches pour abriter l’électronique, vendues aux amateurs de plein air | OtterBox |
| 2 août 2006 | Plus de 12 000 systèmes associant un assistant numérique et une coque OtterBox sont déployés par le service médical de l’armée américaine | Communiqué OtterBox |
| 28 novembre 2007 | Annonce de la gamme Defender pour iPhone : coque rigide, peau en silicone, membrane sur l’écran | Communiqué OtterBox |
Une norme militaire qui existait bien avant les smartphones
La première version de la norme MIL-STD-810 a été publiée le 14 juin 1962 par l’armée américaine. Elle décrit différentes méthodes permettant de tester du matériel dans des conditions difficiles : chaleur, froid, humidité, sable, vibrations ou encore chocs.
À l’origine, cette norme n’avait évidemment aucun rapport avec les téléphones portables. Elle concernait notamment des équipements destinés à être utilisés dans des véhicules, des aéronefs ou dans des environnements difficiles. Elle a ensuite été régulièrement révisée, jusqu’à la version H publiée le 31 janvier 2019.
Un point est particulièrement important pour comprendre les mentions que l’on trouve aujourd’hui sur les emballages de certaines coques : MIL-STD-810 ne correspond pas à une certification unique avec un test identique pour tous les produits. La norme décrit différentes procédures d’essai qui peuvent être adaptées en fonction du matériel et de son utilisation. Il faut donc savoir précisément quel test a été effectué pour comprendre ce que signifie réellement une mention MIL-STD-810. Nous revenons plus en détail sur ce sujet dans notre sélection de coques testées selon la norme MIL-STD.
La chronologie permet déjà de remettre les choses dans leur contexte. Lorsque le Simon d’IBM et BellSouth, souvent considéré comme le premier smartphone, est présenté en 1993, MIL-STD-810 existe depuis plus de trente ans. Lorsque les premières coques renforcées pour iPhone apparaissent en 2007, la norme a déjà quarante-cinq ans.
OtterBox commence par fabriquer des boîtes étanches
L’histoire d’OtterBox commence en 1991 dans le Colorado. Curt Richardson fabrique alors dans son garage une boîte résistante à l’eau destinée à protéger les objets que l’on emporte lors d’activités de plein air, notamment en randonnée ou en kayak. Il lui donne le nom d’« OtterBox », en référence à la loutre et à son aptitude à évoluer dans l’eau.
L’entreprise OtterBox est créée sept ans plus tard, en 1998, à Fort Collins. À cette époque, elle ne fabrique pas encore de coques pour téléphones. Elle commercialise principalement des boîtes étanches destinées à protéger du matériel électronique. Avec le développement des appareils électroniques portables, la marque commence ensuite à proposer des protections adaptées à ce type de produits.
Cette origine permet de comprendre certaines caractéristiques des premières coques renforcées. Le principe consiste à isoler autant que possible un appareil fragile de son environnement. On retrouve ainsi des coques composées de plusieurs parties qui s’emboîtent, des protections transparentes devant l’écran ou encore des ouvertures permettant d’utiliser les haut-parleurs tout en limitant l’entrée de poussière.
Les premières coques renforcées pour appareils électroniques sont donc davantage inspirées des boîtiers étanches que d’un quelconque blindage militaire.
En 2006, l’armée américaine utilise des appareils grand public protégés par des coques
Un document publié par OtterBox le 2 août 2006 apporte un éclairage particulièrement intéressant. Il décrit l’utilisation de boîtiers de la marque par le service médical de l’armée américaine, près d’un an avant la commercialisation du premier iPhone.
Des unités médicales utilisent alors des assistants numériques HP iPAQ équipés d’un logiciel permettant de suivre les dossiers des blessés. Pour pouvoir employer ces appareils dans des conditions difficiles, ils sont placés dans des boîtiers de protection OtterBox.
Le communiqué explique qu’à l’aide d’un stylet, le personnel médical peut enregistrer, consulter et transférer les informations d’un patient depuis l’iPAQ vers un ordinateur portable. Il précise également que plus de 12 000 systèmes de ce type avaient déjà été déployés auprès de plus de 250 unités médicales, notamment en Irak, au Koweït, au Qatar et en Afghanistan.
Le choix de cette solution était aussi économique. L’ensemble constitué d’un assistant numérique du commerce et de son boîtier de protection coûtait environ 600 à 700 dollars. D’après le communiqué, un appareil spécialement conçu dès l’origine pour un usage militaire coûtait environ 1 000 dollars de plus.
C’est une différence importante avec l’histoire que l’on entend parfois aujourd’hui. La coque de protection n’a pas été développée par l’armée avant d’être adaptée au grand public. Dans cet exemple, c’est exactement l’inverse : l’armée utilise un appareil électronique disponible dans le commerce et lui ajoute une protection afin de pouvoir l’employer sur le terrain.
En novembre 2007, OtterBox présente la Defender pour iPhone
Le premier iPhone est commercialisé en juin 2007. Les fabricants d’accessoires proposent rapidement des housses, des pochettes et des coques destinées à le protéger. La plupart restent cependant relativement simples.
Le 28 novembre 2007, OtterBox annonce sa gamme Defender pour l’iPhone. Sa conception est beaucoup plus proche des coques renforcées que nous connaissons aujourd’hui.
Le modèle associe plusieurs éléments : une coque rigide en polycarbonate qui entoure l’appareil, une membrane transparente devant l’écran destinée à le protéger des rayures, de la poussière et des petites projections, ainsi qu’une enveloppe extérieure en silicone qui améliore la prise en main et absorbe une partie des chocs.
Le principe est déjà très proche de celui utilisé aujourd’hui par de nombreuses coques renforcées : une structure rigide pour maintenir et protéger le téléphone, associée à un matériau plus souple chargé d’amortir les chocs. Les matériaux et les formes ont beaucoup évolué depuis 2007, mais cette construction multicouche reste largement utilisée.
Un détail de vocabulaire est également intéressant. Le terme « membrane » était déjà employé par OtterBox en 2007 pour désigner la protection transparente placée devant l’écran. Ce terme que l’on retrouve encore dans certaines notices n’est donc pas récent.
Alors, qui a fabriqué la première coque de téléphone ?
Il est difficile de donner un seul nom, car tout dépend de ce que l’on appelle une « coque ».
Les téléphones portables étaient déjà accompagnés d’étuis, de housses en cuir et de pochettes de ceinture bien avant l’apparition des smartphones. Ces accessoires existaient dès les premières générations de téléphones mobiles et étaient souvent proposés directement par les fabricants. En revanche, nous n’avons pas trouvé de source suffisamment précise permettant d’attribuer avec certitude l’invention du premier étui de téléphone à une entreprise particulière.
Si l’on parle plus précisément de la coque de protection renforcée telle que nous la connaissons aujourd’hui, OtterBox occupe une place importante dans son développement. Son évolution est bien documentée : premières boîtes étanches en 1991, création de l’entreprise en 1998, utilisation de ses protections par l’armée américaine en 2006, puis lancement de la Defender pour iPhone en novembre 2007.
Il faut cependant être précis : la Defender n’est pas la première coque jamais fabriquée pour un iPhone. Des protections existaient déjà. Son intérêt historique vient surtout de sa conception multicouche renforcée, très proche de celle que de nombreux fabricants utilisent encore aujourd’hui.
Que signifie réellement la mention MIL-STD-810 sur une coque ?
L’histoire de cette norme permet surtout de mieux comprendre les arguments utilisés aujourd’hui par les fabricants.
La mention MIL-STD-810 ne signifie pas qu’une coque a été conçue pour l’armée ni qu’elle a reçu une certification militaire. Pour savoir ce qu’un fabricant a réellement testé, il faut disposer de davantage d’informations : la procédure utilisée, la hauteur de chute, le nombre de chutes, le type de surface et les critères retenus pour considérer le test comme réussi.
Deux coques portant une référence à MIL-STD-810 peuvent donc avoir subi des essais différents. La simple présence de la mention « norme militaire » ne suffit pas, à elle seule, pour comparer leur niveau de protection. Nous avons également abordé ce sujet dans notre relevé consacré à ce que disent réellement les avis clients sur les différentes marques de coques.
L’utilisation des boîtiers OtterBox par l’armée américaine en 2006 reste néanmoins intéressante pour une autre raison. Elle montre qu’il était déjà possible de prendre un appareil électronique grand public et de l’utiliser dans des conditions beaucoup plus difficiles en lui ajoutant une protection adaptée. Dans le cas décrit par OtterBox, cette solution permettait en plus d’économiser environ 1 000 dollars par appareil par rapport à du matériel spécialement conçu pour un usage militaire.
Au final, l’efficacité d’une coque dépend beaucoup plus de sa conception que de son apparence ou de son appellation commerciale. Une structure rigide permet de maintenir le téléphone et de répartir les contraintes, les matériaux souples participent à l’absorption des chocs, tandis que des rebords suffisamment hauts protègent l’écran et les objectifs lorsqu’ils entrent en contact avec une surface. Ce sont ces éléments qu’il faut regarder en priorité lorsqu’on choisit une coque de protection.
Les citations de communiqués et de notices techniques reproduites ci-dessus ont été traduites de l’anglais. Sources consultées : la notice de la norme MIL-STD-810 et son historique de révisions ; la notice consacrée à OtterBox et la page de présentation de l’entreprise ; le communiqué OtterBox du 2 août 2006 sur l’équipement des unités médicales ; le communiqué OtterBox du 28 novembre 2007 annonçant la gamme Defender pour iPhone ; la fiche du Computer History Museum consacrée au Simon d’IBM et BellSouth.
Les héritières de la Defender, chez Case Minute
Les coques renforcées actuelles utilisent toujours certains des principes apparus sur les premières protections multicouches : une structure rigide associée à des matériaux capables d’absorber les chocs.
Autre récit à confronter aux faits : celui du Trump T1, un téléphone à 499 dollars dont le démontage a révélé qu’il s’agissait d’un HTC U24 Pro de 2024. Trump T1 : ce que le démontage révèle du téléphone à 499 dollars.
Coques iPhone
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